Manger les légumes de Tourne-Sol à l’année pour combattre le syndrome du colon irritable.

Par Sylvie, membre depuis 2015

 

Il y a quelques années, j’ai découvert avec ravissement une nature morte de Pierre-Auguste Renoir, dans le cadre d’une exposition sur les impressionnistes au MBAM : de banals oignons. Mais sous le pinceau de Renoir, ces oignons étaient devenus des bijoux dorés lumineux. Je n’ai plus jamais vu les oignons de la même façon ! Renoir est connu pour ses portraits de femmes et ses scènes de bal musette sur les bords de Seine, mais pas pour avoir peint des oignons ! Et pourtant ! Intriguée, j’ai fait quelques recherches sur Internet pour découvrir que Renoir avait en fait peint de nombreux fruits et légumes avec le même bonheur : aubergines, poivrons, citrouilles, fraises…

Le panier bio de la ferme Tourne-Sol, c’est faire entrer Renoir dans ma cuisine. Sans exagérer, le rendez-vous hebdomadaire avec Dan, Sébastien, Frédéric et les autres personnes qui livrent les légumes frais cueillis du matin est devenu un de mes grands « petits bonheurs » du quotidien. J’aime découvrir, semaine après semaine, ce que les saisons nous apportent, je suis curieuse des variétés cultivées, j’aime les formes variées et les couleurs vives des tomates, poivrons, aubergines, piments… Les diverses variétés de salades font aussi mes délices, autant pour leur saveur croustillante que pour le vert franc des scaroles ou le vert tendre ourlé de rose des cœurs de feuilles de chêne : plaisir du goût, mais aussi plaisir des yeux…

Mais il y a plus : comme nombre de mes contemporains, j’ai des problèmes digestifs très ennuyeux, qui restreignent considérablement ce que je peux manger : le fameux côlon irritable et son cortège de malaises. Je suis le régime FODMAPS : exit produits laitiers, pain, céréales et légumineuses (le végétarisme n’est hélas pas pour moi !), ainsi que, malheureusement, plusieurs fruits et légumes. J’espère un jour que je pourrai à nouveau élargir mon alimentation, mais pour le moment, je dois puiser dans les aliments que je supporte sans en déroger. Sinon, c’est la crise ! Je mange bio le plus possible pour éviter les pesticides et les OGM, et aucun aliment transformé. Lorsque je passe la ligne à l’occasion, soit que je succombe à une tentation, soit que je mange hors de chez moi sans pouvoir contrôler mon assiette, je le paye cher.

 

Screen Shot 2019-11-05 at 10.27.55 PM

Fermentations et beurre clarifié à l’aneth. Du bonheur en pots pour patienter pendant l’hiver!

 

Avec un tel régime, manger des fruits et légumes frais biologiques toute l’année est un vrai défi. L’hiver, ça devient quasiment impossible ! Mais j’ai résolu bien des problèmes avec les paniers de la ferme Tournesol : je m’abonne à deux paniers et, comme les écureuils, je fais mes réserves pour l’hiver. Soupes, ratatouilles, plats cuisinés, pestos et beurres[1] (à base de basilic, fanes de carottes, d’aneth ou de coriandre), légumes lactofermentés (tomates, poivrons, choux, carottes, betteraves…), coulis de fruits rouges, compotes de pommes… Mon congélateur est plein, et j’ai une vingtaine de pots de légumes fermentés. La lacto-fermentation me permet de manger certains légumes qui me mettent au tapis si je les mange simplement crus ou cuits (la betterave, par exemple, ou l’ail, les oignons…). Hormis l’achat de quelques salades fraîches, l’hiver, je vis sur mes réserves.

Certes, cela demande une bonne organisation, et tout ne s’est pas fait en un jour. La première année où je me suis installée à Beaconsfield, je me suis abonnée à un panier par semaine, puis j’ai tenté une première lactofermentation[2] avec des carottes. Ça a très bien marché ! Je suis alors passée à deux paniers, je me suis équipée d’un congélateur coffre et d’un grand réfrigérateur ; cette année, j’ai acheté un deuxième réfrigérateur  avec un tiroir congélateur : je mets dans celui-ci mes pestos en petits pots de verre (récupérés) et les viandes (bios et locales, évidemment !), tandis que le coffre accueille les plats cuisinés et les soupes. J’ai été amenée à explorer de nouvelles recettes, par exemple, les pestos de fanes de carottes ou l’utilisation des feuilles de navets ou de radis dans la soupe – chose impossible avec les légumes des réseaux traditionnels – ou encore, le chutney lactofermenté de pommes et raisins, le « vrai » ketchup, lui aussi lactofermenté et sans sucre, etc.

 

Screen Shot 2019-11-05 at 10.29.14 PM

Faire un coulis de tomates

 

Je prévois deux soirées de cuisine : le jour où je reçois le panier (le mardi), je prépare la soupe et les plats exigeant d’être préparés sans attendre (notamment avec les légumes feuilles : épinards, par ex.), les salades sont lavées, bien égouttées et rangées au frigo dans des contenants, prêtes à être dégustées, les autres légumes lavés et rangés au frigo dans des sacs en papier ou des linges de cuisine ; le deuxième soir, généralement le dimanche, je termine le reste, je fais des mijotages basse température viande + légumes. Entre les deux, je cuisine peu : j’utilise les plats préparés à l’avance, j’agrémente les salades avec les lactofermentations et les autres légumes disponibles au fil des saisons. J’ai, presque en tout temps, de quoi me préparer des lunchs à emporter au travail – la seule chose à laquelle je dois penser, c’est décongeler à l’avance. Les sessions de cuisine sont assez intensives, mais je préfère cette formule à celle qui consiste à cuisiner tous les jours : je n’ai pas le temps !

Je travaille très intensément l’hiver, un peu moins l’été : j’ai donc très peu de temps pour cuisiner pendant la période froide. Cette formule me permet donc d’accéder toute l’année à une alimentation de qualité et qui reste variée malgré mes restrictions alimentaires.

 

Screen Shot 2019-11-05 at 3.21.16 PM

Un repas hivernal plein de fraîcheur!

 

Enfin, il y a d’autres éléments qui contribuent à mon «  bonheur alimentaire » : manger local, éliminer le coût de transport et le gâchis liés à l’approvisionnement par les grandes surfaces, éliminer les contenants polluants… Et, last but not least, connaître les producteurs, les rencontrer, apprécier leur engagement et leur gentillesse est important pour moi.

Un très grand merci à tous les membres de l’équipe de la ferme Tournesol ! J’espère qu’ils seront là pour longtemps !

 

[1] Je clarifie le beurre pour en éliminer la caséine.

[2] Voyez notamment le site « Ni cru ni cuit » pour tout savoir sur les lactofermentations.

Sylvie